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Compte-Rendu – Congrès du Forum d’Oc à Forcalquier – 14 octobre 2017

L’OCCITAN-LANGUE D’OC ET L’ESPACE RURAL

Quels rapports entre langue et territoire 

 

CONGRÈS DU FORUM D’OC À FORCALQUIERGL_L9193

le 14 Octobre 2017

En préambule du Congrès, le Professeur Jean-Claude Bouvier a présenté l’ouvrage qu’il a rédigé avec Claude Martel du CNRS, La langue d’oc telle qu’on la parle, dernier volume du monumental Atlas Linguistique de Provence édité dans une présentation claire et attrayante par la revue Alpes de Lumière.

 

Interventions des élues et élus

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Le Maire de Forcalquier, Gérard Avril, dont la commune vient d’adhérer au Forum d’Oc,  a ouvert le Congrès en rappelant ce que sa ville avait apporté à l’histoire de la Provence et assuré le Forum de son entier soutien. La Vice-Présidente du Conseil Départemental des Alpes de Haute-Provence, Nathalie Ponce-Gassier, déléguée à la langue provençale, prenait ensuite la parole dans un excellent provençal pour rendre hommage aux actions du Forum et l’assurer de l’entier appui de la collectivité qu’elle préside.

Après avoir évoqué le décès récent du Président Gilbert Sauvan, elle rendait hommage au travail des élus qui l’avait précédée, Marcel Clément et Geneviève Primiterra, qui prenait la parole à son tour pour apporter le salut de la Ville de Digne aux congressistes.

Enfin, Bruno Genzana s’adressait aux congressistes au nom du Président du Conseil Régional et du Vice-Président Philippe Vitel, délégué à l’identité régionale. Il traduisait la sollicitude du Président Renaud Muselier qui s’inquiète de voir notre langue en danger et qui souhaite voir ses défenseurs « debout, forts et unis ».

Le Président du Forum d’Oc Guy Revest, après avoir noté que c’était la première fois que le Conseil Régional était représenté à une manifestation du Forum, remettait aux collectivités territoriales et aux entreprises nouvellement adhérentes du département le diplôme d’adhésion au Forum et les insignes du label « Reconnu Garant de l’Oc ».

Etaient ainsi distingués la Ville de Forcalquier, le Conseil Départemental des Alpes de Haute Provence, la Ville de Digne, la ville de Saint Etienne les Orgues, l’entreprise des Distilleries et Domaines de Provence et l’hebdomadaire Haute Provence-Infos. Egalement les municipalités présentes au congrès qui adhèrent au Forum, la Ville d’Auriol et la Ville de La Seyne sur Mer.

La Municipalité de Gap était représentée par Mme. Raymonde Eynaud. Les Maires de Martigues, Nice, Opio, Sisteron ont fait excuser leur absence.

Guy Revest faisait ensuite le point sur la situation du Forum d’Oc, en démontrant qu’il restait fidèle à ses objectifs d’échanges et de convergence de tous les promoteurs de l’occitan-langue d’oc dans la région. Il annonçait la Convention du Forum en Mars 2018, à Brignoles ou Saint Maximin, sur le thème de la présence de la langue dans les programmes des parcs régionaux, et le Congrès d’Octobre 2018 à Nice sur le thème « Vivre en diversité en Provence-Alpes-Côte d’Azur », où sera posée la question du rôle de la langue dans l’intégration des diverses composantes humaines d’un territoire mondialisé.

Le Forum d’Oc compte désormais 412 membres, associations, collectivités territoriales, entreprises, élus, groupes artistiques. Chacun est appelé à continuer à en accroître le nombre.

 

Du patrimoine à la transmission

C’est l’historien forcalquiérain Jean-Yves Royer qui ouvrait cette première partie du colloque en présentant le rôle de la Haute Provence dans la structuration de l’occitan-langue d’oc. Il rappelait que l’une des premières chartes occitanes a été écrite à Forcalquier. Il évoquait le rôle des comtes de Forcalquier dans le développement du mouvement littéraire et artistique des troubadours, dont plusieurs et non des moindres sont originaires du territoire alpin, Albertet de Sisteron, Boniface de Castellane, la comtesse de Die, et Raimbaud de Vachères assigné par erreur à Vacqueyras.

L’écrit en langue d’oc conquiert ensuite l’espace public dans les documents municipaux et les échanges privés. Trois ouvrages importants marquent le XIX° siècle : la Grammaire du peuple de Louis Masse, publiée à Digne en 1840, Le Dictionnaire provençal-français du Manosquin Joseph-Toussaint Avril publié à Apt en 1839, le Dictionnaire Provençal-Français ou dictionnaire de la langue d’oc ancienne et moderne de Simon Jude Honnorat, publié à Digne en 1847.

Louis Masse et Simon Honnorat ont choisi la graphie classique, Damase Arbaud en défendra le principe dans la préface de son recueil des Chants populaires de la Provence. Le mistralisme va s’épanouir avec Eugène Plauchut, Paul Arène, Lazarine de Manosque, Léon de Berluc-Pérussis organisateur des Fêtes Latines de 1882 et champion de l’idée de solidarité du monde latin.

L’affaiblissement contemporain de la langue justifie une action d’autant plus urgente que, par exemple, sa présence même dans les noms de lieux n’est plus comprise et donne lieu à des interprétations aberrantes.

Alain Garcia, responsable adjoint du master qui prépare aux métier de professeur des écoles au site de Digne de l’École supérieure du Professorat et de l’Education, présentait ensuite l’unité d’enseignement optionnelle Occitan-Langue d’Oc qui est proposée dans  cette institution de même que dans les autres sites de l’ESPÉ de l’Académie. Cette UE est financée par les Conseils Départementaux des Alpes de Haute Provence et des Bouches du Rhône.

Dans un site qui compte relativement peu d’étudiants, il n’est pas facile de recruter une équipe qui se consacre à l’apprentissage de la langue, mais ce projet doit permettre d’introduire tout ce qui relève de la langue régionale dans les différents aspects du cursus.

La liaison avec le réseau CANOPÉ consacré à la documentation pédagogique permet l’accès aux ressources dont il dispose en la matière. Le partenariat avec l’Association Scolaire d’Oc va permettre d’offrir aux étudiants en Février 2018  deux journées de sensibilisation à la langue à travers le théâtre.

Cette action était ensuite détaillée par la représentante de l’Association Scolaire d’Oc, Annie Martel, qui dressait un tableau des chantiers entrepris pour faire connaître les artistes occitans aux écoles, sensibiliser maîtres et familles à la langue, solliciter l’appui de l’Education Nationale.

Avec le Théâtre de la Rampe, c’est plus de 2000 élèves d’une centaine de classes du département qui seront concernés par l’action entreprise, les maîtres bénéficiant d’un outil pédagogique de préparation à l’intervention. En 2016, en partenariat avec l’AELOC, avait été organisé un vaste rassemblement de chorales d’enfants sur le modèle des Cantejadas, et 18 écoles ont bénéficié cette année d’un programme d’animation musicale avec le groupe Mauresca.

Les associations et les pouvoirs publics du département déploient une action solide en faveur de la langue. Cependant, s’appuyant sur les chiffres fournis par le Rectorat d’Aix-Marseille, le majoral du Félibrige René Martel, un des responsables de la Commission Enseignement et Formation du Forum d’Oc, déplorait la régression de l’offre d’enseignement : 350 élèves de moins que l’année précédente dans le premier degré en 2017, 10 collèges et un lycée où la langue n’est plus enseignée ; dans les Alpes de Haute Provence, les écoles pourvues d’un enseignement sont passées de 7 à 4, un collège a perdu ses cours de langue et le nombre d’élèves a baissé en lycée.

Les chiffres de l’Académie de Nice ne sont guère plus satisfaisants. Cette situation a conduit les associations membres du Conseil Académique des Langues Régionales à se rapprocher pour définir des revendications communes sur la formation initiale et continue, un cursus de formation complet à l’Université d’Aix-Marseille, l’information des élèves et des familles, l’établissement des conventions prescrites par la loi entre les Rectorats et le Conseil Régional et les Conseils Départementaux.

 

Table ronde : l’occitan-langue d’oc dans la ruralité

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Le Professeur Philippe Langevin animait un débat qui faisait intervenir Michel Benedetto, expert en bâtiments, Michel Doucet, chef d’entreprise, Marc Dumas, écrivain et ancien libraire, Patrick Fabre, Directeur de la Maison de la Transhumance et concepteur du projet « La Routo », Stefano Martini, Conservateur de l’Ecomusée de Pombarnart dans la Val Stura, André Pinatel, oléiculteur et président du Syndicat régional de l’amande de Provence.

Le développement des territoires demande des initiatives qui n’attendent pas une intervention du niveau étatique. Il suppose une conscience collective de leur population reposant sur des références communes où l’héritage de leur histoire soit explicite, et dans lequel la prise en considération de la langue originelle de la région, qui a modelé tout son espace pendant dix siècles, jour un rôle capital.

Or avec son affaiblissement la mémoire de l’identité se perd et du même coup les savoirs qui adaptaient les modes d’action aux réalités du territoire. On en décèle des exemples dans le bâtiment, dans les rapports au monde animal, aux productions agricoles, à l’environnement en général.

En réponse, des initiatives multiples se déploient : réussites du plan de développement de l’oléiculture, de la production d’amandes ; le rôle moteur dans le développement d’une structure telle que l’ Ecomusée de Pombarnat, liée au projet de sentier transfrontalier de grande randonnée conçu selon la thématique de la transhumance.

Le mode de développement qui s’est majoritairement imposé au monde actuel n’est pas irréversible : les éléments de résistance qui peuvent être perçus comme des survivances vouées à disparaître ont assez de force pour constituer la base d’un modèle alternatif pour l’avenir des territoires.

Le débat permet de souligner le rapport de la langue à la ruralité du fait de sa persistance hors de l’espace urbain. Mais liée à un milieu qui se rétrécit, il faut la préserver d’un confinement dans la nostalgie, et la placer dans une dynamique de transmission d’un mode de vie à projeter dans le futur.

La langue est un élément de la résistance aux prétendues fatalités qui la menacent ; il faut s’emparer de ce qu’elle véhicule pour le mettre en valeur selon nos propres schémas. L’actualité amène à débattre de la situation de la Catalogne en soulignant le rôle que la volonté de protéger et de promouvoir la langue a joué dans le mouvement séparatiste.

 

Le schéma départemental de valorisation de la langue et de la culture régionales

La Vice-Présidente du Conseil Départemental Nathalie Ponce-Gassier résumait ensuite l’important programme adopté par l’assemblée départementale pour structurer une action efficace et responsable en faveur de la langue et de la culture d’oc.

Après avoir rappelé le rôle joué par la Haute Provence dans la promotion de la langue d’oc, les incitations légales adressées aux collectivités territoriales en faveur de la langue régionale, et l’adhésion du Conseil Départemental à la Charte du  Forum d’Oc avec ses quatre engagements (œuvrer pour l’obtention d’un cadre législatif et règlementaire adapté, assurer la présence de l’occitan-langue d’oc dans la vie quotidienne, développer l’enseignement et la formation, préserver le patrimoine et promouvoir la création), le Schéma Départemental, voté le 9 Décembre 2016, crée une Commission Départementale réunissant l’Assemblée départementale, les représentants locaux de l’Académie d’Aix-Marseille, et le secteur associatif.

La Commission a pour tâche de proposer un programme au Conseil Départemental, les axes de développement concernant le milieu scolaire, l’action culturelle publique, la socialisation de la langue et de la culture, un état des lieux permettant de créer une banque de données accessibles au grand public, et les moyens destinés à l’animation du réseau.

Enfin l’intervention conclusive du Maire de Saint Etienne les Orgues et conseiller départemental Khaled Benferhat synthétisait les problématiques exposées et ouvrait les perspectives d’actions à mettre en œuvre.

Un apéritif offert par les Distilleries et Domaines de Provence de Forcalquier achevait la manifestation.

Les dernières adhésions

Mairie de Nice (06)

A Nòstra Mòda à Nice (06)

Mairie de Saint Maximim-La Sainte Baume (83)

Mairie de Puget sur Argens (83)

Mireille Boeuf, adjointe de Saint Maximim-La Sainte Beaume (83)

Alain Decanis, conseiller municipal de Saint Maximim-La Sainte Beaume (83)

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